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Friends with benefits...

Dernière mise à jour : juil. 11

Assis sur son banc, le coude nonchalamment appuyé sur le dossier, une jambe repliée sous lui, Elijah, comme à son habitude, laissait ses pensées divaguer... Quand il entendit un bruit de pas sur le sentier qui remontait la colline...

Il tendit l'oreille pour essayer de déceler un indice sur l'identité de ce visiteur inattendu...

Mr X.


"- Hey Eli ! Comment tu vas ?


- Jeannette ? Toi ici ? A cette heure ? Ça alors... Ça va ?


- Oui, ça va. On vient de finir la journée et j'avais pas envie de rentrer chez moi... tu comprends, depuis que Georges... Enfin, tu sais, quoi... C'est plus pareil...


- Oui, je sais. Moi aussi il me manque. Je ne l'ai presque plus vu...


- Oui...


- Mais pourtant, tu as d'autres... "amis", Jeannette. Non ?


- Oui Eli... J'ai toi...


- Jeannette... On ne se déteste pas, loin de là, mais on n'a jamais vraiment été amis, non ?


- Oui, mais toi tu ne me juges pas, jamais... c'est pour ça que c'est toi que je suis venue voir.


- Et puis c'est pas de ce genre d'amitié dont je parle, tu sais très bien ce que je veux dire. Même quand il y avait Georges, tu avais des relations avec d'autres, Georges le savait, je le sais, et toi...


- Et moi, ce que je sais, c'est que ça n'est plus pareil depuis déjà un moment... Ceux-là, je ne les vois plus. Depuis au moins trois mois...


- Ah bon ? Jeannette... Pourquoi ? Je n'ai jamais eu l'impression que tu étais amoureuse de Georges, et même lui, il le pensait, il me l'a dit.


- Non, c'est pas ça Eli... Mais je n'ai plus le même plaisir à être avec les autres...


- Ah Bon ? J'aurais pas cru, tu vois. Ça vient de quoi, tu crois ?


- Ben, c'est qu'avec Georges, on s'était convertis au "Slow Sex"..." - dit-elle en rougissant, en joignant ses main sur ses genoux, et en me regardant par en dessous...



Alors là, si je m'attendais... Juste elle. Elle, dont j'ai gardé l'image de la gâterie fugace dans les toilettes du 4ème, elle qui envoie des sextos...



"- Jeannette... J'suis largué là. C'est quoi le "Slow Sex" ?


- Ben... du sexe lent.


- N'importe quoi... Et la fois dans les toilettes alors, le jour où ?


- Ben justement, on se demandait si on pouvait encore faire ça à la sauvette, comme avant. Alors on a voulu savoir. Et moi, j'ai pas vraiment aimé, j'ai rien ressenti... presque...


- Ah ouais ?


- Ouais, le "Slow Sex", il n'y a que ça. Le reste, maintenant...


- Putain, je découvre un truc, là. Pourtant, dans ma vie... vas-y. Explique.


- Ben, au début, tu commences par te détendre...


- Ok...


- Puis on se regarde... Lentement... Partout... Longtemps...


- Ok... et puis ?


- Et puis très lentement, on se prend la main...


- Han han...


- Puis on s'embrasse lentement... Avec la langue.


- Oui, merci pour ce détail, je me serai pas douté...


- Non Eli, rigole pas, c'est sérieux.


- Ok Jeannette, continue, ça m'intéresse... vraiment... – Dis-je avec un grand sourire -


- Et puis on se caresse. Doucement. Très lentement...


- Jeannette, on appelle ça des préliminaires. Tout le monde fait ça...


- Non Eli, tu comprends pas. Quand tu fais du "Slow Sex", c'est ça, oui, comme des préliminaires, sauf que tu sais pourquoi.


- Jeannette... Arrête... Quand je prends la main d'une femme, que je la couvre de baisers, et que je la caresse, je sais exactement pourquoi... J'ai jamais eu de doute là-dessus...


- Non, tu ne comprends toujours pas. C'est pour faire l'amour en pleine conscience...


- Oh putain... Jeannette... J'ai toujours eu conscience de ce que je faisais, quand j'ai été avec une femme... pleinement...

- C'est vrai ?


- Ben oui. Ce que tu me décris, c'est rien d'autre que normal...


- Pas pour tout le monde, Eli, pas pour tout le monde...


- Ah bon ? Putain. C'est triste si c'est vrai...


- Alors toi aussi, tu es adepte du slow sex, finalement ?


- Heu... Désolé, Jeannette, mais non... Je m'en bats les couilles du temps que je mets, des fois c'est lent, des fois ça l'est moins... Des fois c'est calme et profond, et des fois c'est sauvage, et intense... Ou pas... Mais il n'y a rien à calculer...


- Hum... Non. Si c'est pas lent, je t'assure, c'est pas bon..."



Incroyable. Incroyable qu'une femme comme elle, décomplexée et avec autant d'amants de passage, me raconte ça. Avec toute l'expérience qu'elle a, j'ai du mal à croire qu'elle n'ait rencontré que des mecs qui voulaient la sauter... Juste la sauter. Sans lui faire vraiment l'amour, craquante et sensuelle comme elle est...



Devant son regard perdu, j'ai compris qu'on en aurait pour un moment... Ça me faisait de la peine de la voir comme ça, elle si pétillante, tellement canon d'habitude...



"- Jeannette... on va avoir besoin d'un truc à boire, tu veux quoi ?


- Je sais pas. Un truc fort. Vodka ?


- On va attaquer à la vodka ? A dix-huit heures ? Ok. Ça me va... Moi aussi j'ai des trucs à enterrer bien profond... ha ha. Orange ?


- Ouais, sirop...


- Bien sûr. Sirop. Je reviens et je t'explique.


- Tu vas m'expliquer quoi ?


- Je vais t'expliquer que vite et bien ensemble, c'est possible.


- Nan. Pas possible."



Un plateau, deux verres, et une glacière remplie de glaçons pour la Vodka plus tard, on a repris notre conversation.



"- A la tienne, Jeannette.


- Tchin Eli.


- Hey, pas cul sec...


- T'inquiètes, je gère. Alors ?"


*****


Alors ? Ben alors, elle s'appelait Eve. Evelyne, pour être précis, mais Eve, c'est tellement plus sexy... Et sexy, elle l'était. Sexy en diable... C'était vraiment une expression pour elle... Dieu n'avait sûrement rien à voir là-dedans, lui qui dans son "Notre père" entend ne pas nous soumettre à la tentation et nous délivrer du mal. Eve, c'est tout le contraire. Tentation aurait dû être son deuxième prénom, et j'étais prêt à me damner sans aucune hésitation pour elle.


Je l'adorais. Vraiment. Mais ça n'était pas de l'amour. Pour elle non plus d'ailleurs. C'était clair pour tous les deux. Pas au sens conventionnel du terme, du moins. On n'était pas un couple en fait. Pas vraiment.


On s'était rencontrés chez des amis à moi. Elle habitait la même résidence qu'eux, et ils l'avaient invitée, avec d'autres amis et d'autres voisins. Je ne me rappelle plus bien comment, mais on s'était retrouvés dans la même conversation à propos de musique, de bouquins, de films, et, petit à petit, les autres s'étaient éparpillés.


Nous, assis sur un canapé en rotin au bord de la piscine, on ne s'en était même pas rendu compte, et on a parlé comme ça jusqu'au petit matin. Elle m'a raconté ses passions, ses envies, sa vie, et moi, je l'avais écouté, allant de surprise en surprise à chaque fois qu'elle me disait un truc que j'aurais pu dire moi-même... Je finissais ses phrases, elle finissait les miennes... Au petit matin, on n'était plus des inconnus. Après avoir pris congé de nos amis, on est allés prendre un petit déjeuner tous les deux au bistrot du coin, je l'ai raccompagnée jusqu'à l'entrée de la résidence, et on était devenus... Des amis. Oui. Comme ça, sans prévenir, et le temps d'une seule soirée.


Le soir, vers minuit, après avoir dormi la plus grande partie de la journée et traîné sur mon canapé, en vrac, j'ai sursauté quand le téléphone a sonné :


"- Eli ?

- Oui ?

- C'est Evelyne. Maddy m'a donné ton numéro. Je ne te réveille pas ?

- Non, pas du tout... J'étais devant la télé...

- Moi aussi. Tu regardes quoi ?

- Heu... Je peux pas te le dire... C'est pas avouable. Pas pour un mec qui tient à son image en tous cas...

- Hum... du porno ?

- Nooooonnn..."


En fait, je regardais un film que j'ai toujours aimé, et même si c'est pas aussi viril que "Rocky IV", y a quand même aussi un 4 dedans, alors ça va. C'est : "4 mariages et un enterrement". J'ai toujours trouvé Andy Mc Dowell super craquante dans ce film.


"- Alors si c'est pas du porno, tu peux me le dire...

- Heu... Non. Je peux pas. Toi, tu regardes quoi ?

- "4 mariages et un enterrement". Que j'ai déjà vu au moins dix fois...

- ... (Grand silence).

- Eli ? T'es toujours là ?

- Oui... Heu... Je regardais... Heu... Rocky IV. J'aime bien... Il est fort ce Stallone... Quel putain d'acteur !

- Menteur...

- Oui. Dis, pourquoi tu m'as appelé ?

- J'arrivais pas à dormir, j'ai pioncé toute la journée... Alors j'avais envie d'appeler quelqu'un.

- T'as bien fait. Carrément."


A quatre heures du matin, épuisés, on a fini par raccrocher...

Et voilà, c'est comme ça que ça a commencé, et c'est sur la base de cette conversation que s'est définie toute notre relation. J'étais celui qu'elle appelait quand elle ne pouvait pas dormir, celui à qui elle pouvait parler de tout, sur l'épaule de qui elle pouvait poser sa tête, ou sur mes genoux quand elle était allongée sur le canapé, pendant nos longues conversations. Elle me racontait ses relations, avec les mecs qu'elle rencontrait, et j'adorais ça. Sans doute qu'un point de vue masculin et dépassionné sur la question l'intéressait. En tous cas, c'est ce que j'ai toujours pensé. Je ne lui parlais pas souvent des miennes, ou très peu. Je ne sais pas pourquoi. Ça me gênait. Un peu. Pas envie. Juste pas envie.


Et, un vendredi soir, j'ai reçu un autre coup de fil :


"- Allo ?

- ... (sanglots).

- Eve ? C'est toi ?

- Oui.

- Tu pleures ?

- Oui.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je sais pas. Ça va pas.

- Dis-moi...

- J'ai eu une sale journée, au boulot.

- Ils t'ont fait quoi, ces cons ?

- Non. C'est mon patron. Il a essayé de m'embrasser...

- Non ?

- Si... J'ai eu du mal à l'empêcher. Il a essayé de mettre sa main dans mon jean, tu peux imaginer ça ?

- Non. Enfin si. Mais non...

- Je l'ai giflé.

- Bien.

- Il m'a virée...

- Ah !

- Tu peux venir, dis ?

- Je suis là dans dix minutes.

- Merci... Merci Eli...

- Dis pas merci, nigaude, c'est normal... Ecoute-moi bien, Eve. Tu vas faire exactement ce que je te dis. Tu vas dans ta cuisine, tu bois un grand verre d'eau d'un seul trait, et tu prends un bonne douche chaude. Le temps que tu aies fini, je serai là..."


Elle est venue m'ouvrir enveloppée dans un grand peignoir de bain. Un kleenex trempé à la main. Les yeux rouges. Le bout du nez aussi. Ça m'a frappé. Elle était belle. Même comme ça, dans cet état.


Plutôt grande, de longs cheveux noirs, épais, raides, et lisses. Les pommettes hautes et de grands yeux noirs un peu en amande, un reste de descendance asiatique, sans aucun doute. Et puis un corps... Ce corps... De longues jambes. Et des formes super féminines. Pas grosse, non, aucunement, mais pas mince non plus... Juste le parfait équilibre entre les deux. Un poitrine généreuse, et une chute de reins à damner un saint...


"- Prends-moi dans tes bras... Tu veux bien ?

- Bien sur Eve."


Et on est restés comme ça presque un quart d'heure dans l'entrée, elle appuyée contre moi, sans rien dire. Je l'entourais de mes bras. Lui parlant doucement à l'oreille. Je n'osais pas bouger un cil. Elle pleurait doucement. Sans un sanglot. Juste de grosses larmes chaudes qui coulaient dans mon cou, inondant mon tee-shirt... puis on a fini par aller s'asseoir sur le canapé. Moi assis droit comme un I, elle, allongée, mes genoux en guise de coussin, comme à notre habitude, et on a parlé. De ce qui s'était passé, d'abord, et puis après, comme souvent, de tout et de rien. Petit à petit, elle s'est calmée, et j'ai senti la tension en elle se dissiper...


Au bout de deux longues heures, on s'est tus tous les deux en même temps. On a fixé la télé pendant une ou deux minutes.


A l'écran, il y avait un mec caché dans un grand trou, son fusil à la main, en train de faire des bruits bizarres avec sa bouche pour attirer les oiseaux...


J'ai jeté un coup d'œil à Eve. Elle avait replié une de ses jambes, et le peignoir avait glissé, découvrant haut sa cuisse... J'ai fixé la télé de nouveau... Un peu décontenancé...


"- Putain ! C'est fou ce qu'il peut y avoir comme conneries, à la télé, la nuit...

- Tais-toi Eli," - M'a-t-elle dit en posant sa main sur ma bouche.


Elle s'est redressée... Dans le même mouvement, j'ai senti sa main glisser sur ma joue. Elle a plongé ses grands yeux noirs dans les miens. J'ai senti mon souffle s'arrêter, et mon cœur rater un ou deux battements. Elle a glissé ses doigts dans mes cheveux en se penchant vers moi, et elle a posé ses lèvres sur les miennes.


Qu'est-ce que sa bouche était douce... On a fait l'amour tendrement, longtemps, se découvrant l'un l'autre. Puis on a parlé, allongés sous la couette, et on a recommencé, et ainsi de suite pendant deux jours, en parfaite harmonie, complètement synchros aux désirs l'un de l'autre, ne se levant que pour manger et prendre une douche, ensemble, de temps en temps.


A partir de ce moment-là, on aurait pu penser que tout allait changer... Que les sentiments allaient complètement chambouler notre relation. Mais non. Le plus naturellement du monde, on est restés exactement pareils. Meilleurs amis. Avec cette complicité que je n'avais jamais espéré avec une femme. Surtout avec une femme aussi belle. Aucun de nous n'est tombé amoureux de l'autre. On a continué à s'appeler, à se voir, à aller diner ensemble plusieurs fois par semaine. Et, de temps en temps, sans même avoir besoin d'en parler, naturellement, comme une évidence, on finissait au lit...


Pas que, d'ailleurs... Sans les interdits, les tabous, et les faux-semblants des sentiments, on n'avait aucune retenue l'un envers l'autre... On a fait l'amour partout. Dans des cabines d'essayage, dans un jardin public, les toilettes d'un restaurant, dans la voiture... La voiture, si elle pouvait parler la pauvre...


Et puis on a essayé plein de choses... On a découvert ensemble notre sexualité. Et notre sensualité, surtout. Avec cette complicité qui s'était installée entre nous depuis le premier jour, on pouvait tout se dire, tout s'avouer... J'ai eu cette chance d'être le complice de tous ses fantasmes, et le tueur de tous ses tabous. Elle a été celle qui a toujours su exaucer chacun des miens...


Il n'y a pas vraiment de mot dans la langue française pour qualifier ce genre de relation. Chez les anglophones, peut-être... "Friends with benefits" ? "Sexfriend" ?


*****


"- Je te ressers, Jeannette ?


- Oh putain ! Eli !


- Quoi ?


- Faut pas me raconter des trucs comme ça... T'es dingue...


- Oui. Complètement, tu savais pas ? – Dis-je avec un sourire qui me mangeait le visage –


- Non, je savais pas... – Fit-elle avec un moue un peu contrite -


- Alors ? Ça va mieux ?


- Ouais... Carrément. Mais ressers-moi et continue s'il te plait... Je veux savoir la suite.


- La suite ? Oui. Ok Jeannette. C'est là qu'on va en arriver à ton histoire de "Slow Sex"..."


To be continued...



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