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  • Elijah

Les "Big fails" de la musique...

Assis sur son banc, le coude nonchalamment appuyé sur le dossier, une jambe repliée sous lui, Elijah, comme à son habitude, laissait ses pensées divaguer... Sous l'effet de l'excès de vodka, il avait eu du mal à s'endormir. Sans compter que le canapé-lit du studio de la remise était tout sauf confortable... Alors, comme toujours en cas d'insomnie, c'est là qu'il est venu attendre le jour, seul sous les étoiles avec ses souvenirs...

Mr X.

Les souvenirs... C'est fou parfois comme on peut remuer tout ce qu'on a à l'intérieur de soi juste avec un souvenir... Tiens, par exemple, la cassette/playlist que j'ai donnée à Eve, le jour de son mariage. Pour faire remonter à la surface tout un tas de sensations, de ressentis, de feelings, il suffit parfois d'une odeur, d'une image, d'un son, d'une musique... Oui, la musique, c'est typiquement ce qui peut conduire à la nostalgie... Parce que c'est fort, parce que ce ne sont pas que des sons, ou des paroles, ou les deux... Dans la musique, le mot "feeling" a toujours pris tout son sens... Qu'est-ce qui fait que Clapton a eu tant de succès ? Sa technique guitaristique ? Sûrement pas, à mon sens... En revanche, je lui reconnais du feeling. Indéniablement.


Feeling... Encore un mot anglais, tiens... qui n'a pas vraiment son équivalent en français, pour parler de musique. Sauf à employer une image, une métaphore, ou des adjectifs... Pourquoi est-ce que le Français, cette langue dont les plus ardents locuteurs sont si fiers, ne suffirait-elle pas à retranscrire certains concepts ? Et alors, si c'est le ca, pourquoi une autre langue le pourrait-elle, elle ? Ca serait cool de pouvoir demander ça à un linguiste. Y aurait bien la solution de "googueuler" ça, mais j'ai pas envie... Je préfèrerais qu'on m'explique. Parce que les gens passionnés par ce qu'ils font, quand ils "expliquent", en général, on dirait presque qu'ils "racontent", plutôt... Et c'est quand même bien plus agréable, non ?


Ouais, je sais. J'ai dit "Googueuler". Et alors ? C'est moi qui invente, alors c'est moi qui décide de comment je l'orthographie... Non mais !


Et ce réflexe, de passer par google pour chercher une réponse à la moindre question ?

C'est bien pratique, vous me direz, souvent. Mais pas toujours. Non. Enfin bref... Et pour la musique, maintenant, il y a YouTube. Ca aussi c'est un truc de fous. Mais revenons à cette cassette...


Je me rappelle cette époque-là.

Pour se fabriquer une cassette avec les morceaux qu'on aimait, il n'y avait pas beaucoup de solutions. Soit on pouvait se payer tous les disques qu'on voulait, mais il aurait fallu avoir de sacrés moyens, soit on demandait à un pote de nous prêter son disque ou sa propre cassette, pour les copier, soit enfin restait la solution de la radio. Oui, parce qu'à l'époque, on écoutait encore la radio, surtout après l'avènement des radios libres, qui a quand même en soi constitué une petite révolution.


La solution de la radio c'est quoi ? Ben, c'était un peu technique en fait.


Déjà, sur le magnétophone, il fallait appuyer en même temps sur "Enreg.", Lect." et "Pause" tout à la fois... Et ensuite s'armer de patience, en attendant, sur les starting blocks, que le morceau convoité soit annoncé à la radio. Là, il fallait, tous les sens en éveil (ouais, pas que les oreilles, même pour la radio. Fallait être totalement "aware", comme aurait dit JCV), calculer l'instant exact pour relâcher le bouton pause, pour avoir le début de la chanson sans les derniers mots du speaker... Parfois, on pouvait tricher un peu et dédicacer la chanson, dans certaines émissions, ce qui raccourcissait vachement le délai d'attente, mais pas tout le temps.


Fallait donc avoir sacrément la foi, et s'armer de patience, pour faire une vraie "playlist".


Heureusement, maintenant, c'est bien plus simple. Un abonnement à moins de 10 euros par mois, et en trois coup de pouces, c'est fait.


Sauf que voilà... Je m'aperçois, finalement, que, malgré cette facilité d'accès, j'ai toujours un problème. Je ne sais plus quoi écouter... Sacré problème, quand même, hein ?


Oh, pour les vieilleries, pas de souci, je sais ce qui me plait, et la plupart du temps, on arrive à trouver ces morceaux, donc les playlists que j'ai nommées "For those about the rock...", "Oldies...", "Goodies...", "Eighties..." et autres trucs en "ies", c'est bon.


Mais c'est vraiment désagréable quand parfois on a le sentiment de tourner en rond... Alors pour ces moments-là, il y a YouTube. Ce media m'a sauvé la mise, plein de fois, parce qu'on peut y surfer, grâce aux suggestions. Alors, quand j'ai envie de nouveauté, je pars d'un truc que je connais, puis je tape dans les "cover", jusqu'à en trouver un qui me plaise plus que les autres, et je vais alors "checker" ce qu'a posté l'artiste.


Soit dit en passant, vous voyez... A force, je deviens "franglophone"... Mais bref, c'est pas le sujet du jour, enfin, je veux dire... de cette fin de nuit...


Les "Covers"... Voilà encore un phénomène de notre époque actuelle. Pourquoi autant de "covers" ? Déjà parce que composer et écrire soi-même quelque chose, c'est super dur... Mais les "reprises" ont toujours existé, c'est pas nouveau, donc qu'est-ce qui peut faire qu'il y en a autant, et qui suscitent tellement d'engouement... Et puis pourquoi les fameux "cover" tapent autant dans des morceaux resucés ? Les plus récents ne valent-ils pas la peine d'être coverisés ?


C'est là qu'intervient mon statut de "vieux con". Parce que je ne peux pas m'empêcher de penser que oui. Si on se rabat sur les truc anciens, c'est parce que les nouveaux ne valent pas qu'on s'y colle.


Je sais que le "c'était mieux avant" vient inévitablement avec l'âge... La réaction de vieux con, atavique et irrépressible. Mais la différence, c'est qu'aujourd'hui, cette réaction peut facilement être objectivée.


Maître Gims, plusieurs fois d'affilée gagnant des "Victoires de la musique" ??? Pour de bon ? Sans déconner ? Y a pas un truc qui ne va pas, là ? Les victoires mon cul ! Le "big fail" de la musique, oui !


Désolé, hein ? Mais ce type n'a aucun mérite. Ni pour le chant, ni pour la compo, ni pour sa gueule ou ce qu'il véhicule, ni pour rien. C'est tout. Christophe Mae chantait "Il est où ? Le bonheur, il est où ?". Il aurait mieux fait de chanter "Il est où le talent ? Il est où ?" parce que ça n'est plus le critère aujourd'hui.


Je ne dis pas qu'il n'y a pas aujourd'hui des artistes qui ont du talent... Heureusement d'ailleurs... Mais en revanche, ce que je dis, c'est qu'on ne les entend plus que rarement... A la radio ou à la télé, ceux-là ne passent pas...


J'en ai découvert quelques-uns, grâce à YouTube, ou à des amis qui en ont trouvé et qui m'ont partagé leurs découvertes : Jacob Collier, Becca Stevens, Cory Henri, Scary Pocket et Pamplamoose, Josh Turner, et même Ariana Grande ou Bruno Mars avec son récent "Leave the door open", tiens... Allez...


Là oui, chez ceux-là, il y a "du niveau"... Un sacré niveau, même, musicalement parlant... Avec eux, j'ai retrouvé ce plaisir si intense d'écouter... Et de réécouter... Encore...


Mais si Ariana Grande ou Bruno Mars ont du succès, quid des autres ? Ils le mériteraient tellement... Mais non. Ils en sont réduits à enregistrer sur leur téléphone portable, dans leur chambre, leur prestation, qui pourtant est d'un niveau comparable à certains grands artistes que j'ai connu avant, pour la poster sur YouTube où, même s'ils ont leurs fans, ils feront moins de vues que le requin de dessin animé qui chante en japonais des comptines insipides pour enfants (Cherchez la vidéo qui a fait le plus de vues dans le monde, c'est édifiant).


Et c'est pas juste. Non. Franchement, c'est pas juste. Et objectivement, pour le coup.


C'est pas juste pour eux, et puis moi, du coup, ça m'emmerde... Parce que pour les trouver, ceux-là, qui mériteraient de passer en boucle dans les charts mais qui sont perdus au fin fonds d'un Internet anonyme, ou peu s'en faut, il faut se lever le matin, comme on dit... Ou avoir des insomnies qui permettent de perdre du temps là-dessus, dans nos sociétés où, on en a parlé il y a quelques temps, le temps, c'est justement ce qu'on a de moins en moins. Pressés qu'on est comme des citrons, broyés, même.


Et puis du coup, on y perd tellement de choses... j'ai l'impression...


Rien que l'amour, tiens. Le thème de prédilection des chansons.


Bella ? Gros succès du précité Gims, qui finalement a eu l'éclair d'intelligence (Heu... One shot, l'éclair, hein...) d'enlever le "Maître" de son nom :


"ꟷ ... Rends-moi bête comme mes iep', hé hé

Bête comme mes iep', hé hé...


... Mais quand je la vois danser le soir

J'aimerais devenir la chaise sur laquelle elle s'assoit..."


Sans déconner ? C'est ça l'image de l'amour que renvoie cette chanson ? C'est à ça que les d'jeunz vont identifier le sentiment amoureux ?


Putain... Je veux pas comparer, mais ils sont où les "J'ai encore rêvé d'elle", "Les mots bleus", ou "Le coup de soleil" de Cocciante ? Ils sont où les "Wonderful tonight", et les "Every little things she does" de Police, ou les "Can't stand my eyes of you" ?


Alors ouais... Je suis sans doute devenu un archétype de la réaction de "vieux con", mais je m'en fous... Royalement... Parce que déjà, je sais que je ne suis pas tout seul... Parce que je préfère infiniment plus écouter la reprise de "Still crazy after all this years" de Paul Simon par Josh Turner, que "Papaouté". Quitte à mériter ce vocable peu flatteur. Franchement, si c'est le prix à payer, je le paie, et volontiers encore, c'est vraiment pas cher...


Et puis parce que j'ai eu tous ces morceaux qui jalonnent ma vie... Et que j'en ai mis certains sur cette cassette... Trop heureux d'avoir encore ce souvenir...


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