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"No time to say "Hellogoodbye", I'm late, I'm late, I'm late..." said the white rabbit.

Dernière mise à jour : avr. 27

Assis sur son banc, le coude nonchalamment appuyé sur le dossier, une jambe repliée sous lui, Elijah laissait ses pensées divaguer, en regardant, au fond de la vallée, le fourmillement de la ville où s'agitaient tous ces gens si pressés.


Pressés? Mais pressés de quoi ? Ça…


Au fond, c'est vrai. Pourquoi est-ce qu'on court de plus en plus, alors qu'on a tout pour faire les choses de plus en plus vite ? Ça devrait être l'inverse logiquement. Mais on, on se crée sans cesse de nouveaux besoins.

Je n'arrive pas à comprendre cette frénésie contagieuse qui s'est emparée de nos sociétés aujourd'hui. C'est une fuite en avant perpétuelle, à cause de laquelle on tue nos vies à coups de stress, et qui nous fait passer à côté de plein de choses.


Même dans le travail, ça en devient ingérable. Aujourd'hui, sous le joug du sacrosaint e-mail, sous couvert d'instantanéité, on a perdu le sens de ce qu'on fait. Combien de mes collègues considèrent le plus sérieusement du monde qu'ils ont fait leur boulot dès lors qu'ils ont répondu à leurs mails, et sont fiers d'eux lorsqu'ils ont pu le faire le plus vite possible, sans prendre une minute pour réfléchir à ce qui leur est vraiment demandé ?

En revanche, le contenu de cette réponse, sa qualité, encore moins son sens, tout cela n'a aucune espèce d'importance, ne rentre en aucun cas en considération. Ca me dépasse.

Alors oui, je sais… les rois du faux-semblant que nous sommes devenus vont s'écrier : "Pffffffff… tu exagères encore…" avec leurs petits sourires condescendants. Et moi ? Ben… moi, je ne vais rien dire. Non. Pas de réponse possible, tant qu'ils n'ouvrent pas eux-mêmes les yeux. Je me tais, en général, mais je suis profondément écœuré, au sens propre, par ce que nous sommes devenus sur ce plan-là…


Et je ne supporte plus cette pression constante de devoir tout faire toujours plus vite.

C'est vrai dans le boulot, mais pas que, d'ailleurs.

C'est vrai pour tout aujourd'hui.


A part quelques irréductibles, combien de personnes s'autorisent à s'asseoir un moment, régulièrement, pour penser un peu à eux, à ce qu'ils sont, checker leurs consciences aussi, faire le point sur leurs vies… Non. Au lieu de ça, on s'avachit sur un canapé discount pour s'enfiler des séries prémâchées et prédigérées en vitesse X1,5, pour être sûr de pouvoir les regarder plus vite. Car oui, même ça, ça existe. Alors bien sûr, ces consommateurs effrénés servent toujours la même excuse :

"- Ouais heu… tu devrais essayer, tu vas voir, on comprend très bien ce qui se passe et le sens général… heu…"

Ouais. Bien sûr… N'empêche, le cinéma, et les séries avec, c'est quand même une forme d'art, fut-il mineur. J'ose espérer qu'il n'y a pas que le pitch et le sens général dans l'intention de leurs créateurs. Sinon, autant ne lire uniquement que la dernière de couverture des livres, aussi… puisqu'on y est…

N'allez pas trop vite en conclure que je n'aime pas les séries, j'adore ça. Mais je déteste ne pas pouvoir savourer ce que je regarde. Je mets sur pause si je me lève prendre quelque chose. Je reviens en arrière s'il y a un mot que je n'ai pas saisi… Parce que j'aime m'immerger dans un film ou une série, exactement comme j'aime m'immerger dans un bouquin… C'est ça qui me permet de m'évader vraiment…


En quand je surfe, pareil, la plupart du temps, je préfère aller sur mon ordi que sur mon téléphone, et je m'investis dans ce que je fais… (peut-être trop des fois, mais ça, on l'abordera une autre fois…)


Pareil pour ceux qui regardent la télé l'œil rivé sur leur téléphone.

A la question :

"- Tu ne regardes pas ?"

Ils répondent :

"- Ben si, pourquoi ?

- Ben tu fixes ton téléphone depuis trois quarts d'heures…

- Oui, mais c'est bon, j'entends… Je comprends… Elle vient de lui dire "A très bientôt mon chou…", elle l'aime bien…"

Ouais, sauf qu'à l'écran, l'héroïne est dans le dos du personnage principal, qui, lui, est en train de partir, et qu'en même temps qu'elle dit ça, ironique, elle fait une grimace et tends son majeur levé, droit comme un i. Voilà pourquoi ça m'horripile, sur le principe…


"- Bon, rien de grave, y a pas mort d'homme, calme toi…" me direz-vous…

Ouais.

Ouais, mais quand même…

Je sais que ça fait réaction de "vieux con", mais je m'en fous…


Mais bon, tout ça pour dire qu'on ne s'attache plus au sens des choses, plus assez… Et que tout va beaucoup trop vite, c'en est presque indécent.

Et, paradoxalement, plus je vieillis (la cinquantaine) et plus la vitesse m'horripile, alors que plus ça va, moins j'ai de temps avant le compte à rebours final…

Je devrais être content de pouvoir faire les choses plus vite, je pourrais potentiellement en faire plus, comme ça… Sauf que non, ça aussi, c'est pas vrai…


Aujourd'hui, on court de plus en plus et de plus en plus vite, mais à la fin de la journée, si on se demande ce qu'on a fait, ce qu'on a réellement accompli, il ne reste pas grand-chose de signifiant.


Alors on a pris l'habitude de ne plus se poser ce genre de question… les réponses sont trop gênantes… Et quand quelques fois ça nous arrive quand même… Dans ce cas, je sais pas vous, mais moi, ça me rend triste…


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